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Entretien avec Olivier Capelli, précurseur de la Marche Nordique en France, et champion du Monde en 2012 et 2013

Olivier CapelliCulture Marche vous propose de découvrir ou de redécouvrir Olivier Capelli, l’un des précurseurs de la Marche Nordique en France. Champion du Monde de la discipline en 2012 et 2013, Olivier Capelli a répondu présent avec toute la passion qui l’anime, pour un entretien sur son parcours, mais aussi sur son sport qu’il apprécie tant. C’est donc avec beaucoup de plaisir, que je vous propose la lecture de ce dernier. Un Grand Merci à lui, pour sa disponibilité !

Peux tu nous dire comment tu as découvert la marche nordique et ce qui t’as poussé à te lancer dans cette discipline qui était nettement moins développé qu’aujourd’hui ? Tout d’abord j’ai toujours été très sportif, football, basket, tennis, rugby, volley-ball, tir à l’arc……. enfin j’étais un vrai passionné. En 2006 j’ai eu des jumeaux qui m’ont pris beaucoup de mon temps, qui m’ont fatigué et surtout je me suis fait très mal au dos à force de les porter. J’ai voulu reprendre une activité physique mais au départ pas traumatisante pour le dos. J’ai découvert par hasard sur le journal Sud Ouest du Dimanche un article sur l’ouverture d’un Nordic Parc pour un nouveau sport : « la marche nordique ». Il était bien expliqué dans l’article tous les bienfaits pour le corps de ce nouveau sport, mais surtout qu’il permettait notamment de re-muscler le dos. Donc je me suis dit pourquoi pas essayer ce nouveau sport après tout cela ne peut que me faire du bien. Il y avait deux groupes pour l’ouverture du Nordic Parc, un débutant et déjà un groupe de confirmé. Je me suis mis bien entendu avec le groupe des débutants afin de comprendre ce sport et acquérir sa technique. Apprendre le geste au départ n’est pas très évident et je ne peux pas l’expliquer, mais je l’ai eu tout de suite comme si ce geste était naturel pour moi. Donc avec l’accord de la coach, je suis parti seul faire la rando car les autres personnes galéraient pour arriver à bien coordonner leurs gestes. Et ce fût le début de l’Amour de ce sport. Je participais donc en Marche Nordique à des trails où tous les participants couraient et moi j’étais le seul à marcher. Je me suis vite aperçu que je ne finissais jamais dernier et mon plus grand des challenges était de doubler un max de coureurs. Cela m’amusait et en même temps je voulais montrer aux compétiteurs que je doublais, qu’en marchant tu peux aller plus vite qu’en courant et surtout sans traumatiser ton dos, tes genoux, ton corps en fait.

Aujourd’hui la marche nordique est reconnue comme un sport santé bien être et se développe de plus en plus en sport de compétition. Tu es l’un des précurseurs dans le domaine de la compétition et on peut imaginer qu’à l’époque tu as pu connaître plus ou moins de moqueries. As tu quelques anecdotes à ce sujet ? Oh oui, les moqueries ne manquaient pas bien sûr :

  • « tu as oublié tes ski ? » était la moquerie qui pouvaient revenir le plus souvent
  • « si tu trouves des champignons fais-moi signe !!! »
  • « tu t’entraînes pour ta retraite avec tes canes » effectivement le Walking cane est une activité existante mais cela ne me faisais pas forcément rigoler

Pour le matériel, je suppose que ce n’était pas évident de s’en procurer. Aujourd’hui encore, peu de magasins proposent des bâtons de marche nordique et des accessoires (bouchons…..). Comment t’es tu procuré le matériel nécessaire à la pratique de la Marche Nordique ? Pour le matériel au départ je me suis équipé en demandant conseil à un des coach qui venait de me faire l’initiation lors de l’ouverture du Nordic Parc. Il travaillait avec une marque suisse KV+. Très bonne marque de bâtons de marche nordique. Ils font des équipements pour le Biathlon, le rollerski, le ski de fond (ils équipent les équipes d’Italie, Norvège, Suisse, Biélorussie et la Russie). Lorsque l’on débute il faut demander aux pratiquants afin de ne pas faire des achats inutiles. Beaucoup de personnes me contactent par le biais des réseaux sociaux afin de les aider, les conseiller dans leurs recherches.

Comment se sont passées tes premières compétitions ? Comment t’es tu renseigné sur les compétitions existantes alors qu’il n’existait pas de structures ? En France il n’y avait pas de compétitions, je faisais beaucoup de trails mais en marche nordique et j’avais un  problème car que je ne pouvais pas savoir mon niveau par rapport à la concurrence mondiale. Donc ma première grosse compétition était en Autriche, un championnat du monde en montagne en marche nordique. J’étais le seul représentant Français et j’allais vraiment vers l’inconnu. J’ai terminé 11ème de ma catégorie d’une compétition extrêmement difficile pour moi car elle se passait en montagne et je n’étais pas du tout habitué à de telles dénivellations positives. Le concept de la course était de partir du bas d’une station de ski en été et d’arriver le premier en haut. Le parcours était de 12km avec 1200m de dénivelé positif. Il faisait 35 degrés, j’ai cru abandonner 10 fois mais je me disais à chaque fois que je représentais mon pays et que je n’avais pas fait tout ses sacrifices pour m’arrêter avant la ligne d’arrivée. Un calvaire. Donc première expérience très difficile, mais très enrichissante pour moi de voir déjà le niveau de la concurrence et aussi de voir comment pouvait se passer une compétition internationale.

Olivier CapelliSans l’existence de structure en France, comment t’es tu retrouvé sur tes premiers championnats du monde en 2011 ? J’ai dû me débrouiller par moi-même en fait. J’ai monté un dossier de sponsoring avec un magasin de sport afin de démarcher les entreprises locales pour récolter des fonds afin de m’aider dans mes déplacements à l’étranger. Je devais donc me vendre et cela m’a pris beaucoup d’énergie. J’avais aussi demandé une petite aide de la part de la Fédération en leur montrant mon dossier, en leur expliquant que je représentais la Fédé lors de cette compétition internationale mais réponse négative. Avec du recul je peux comprendre leur réaction (même si sur le moment j’étais très en colère de cette réponse) par rapport à ce nouveau sport, sans réelle structure en France. Même si la Fédération avait en charge la marche nordique depuis 2009 (si je ne me trompe pas), elle ne s’était jamais trop penchée sur ce sport et donc elle était totalement novice sur l’organisation ou le règlement par exemple.

Le championnat du Monde de Marche nordique est une compétition qui n’existe plus aujourd’hui ? Oui effectivement, il n’y a plus de championnats du monde aujourd’hui. Je pense que le fait que notre sport soit totalement amateur, les structures voulant organiser un championnat du monde ne sont pas trop aidées par les fédérations. Cela implique tout de même beaucoup de moyen financier et humains pour le bon déroulement des épreuves. Il faut beaucoup de juges officiels aussi pour des compétitions comme celles-là et le premier problème est que nous n’avons pas encore assez de juges pour satisfaire ces compétitions. Il y a eu des championnats du monde en montagne, des championnats type cross country, des championnats du monde sur route, des championnats d’Europe, des coupes du monde, des compétitions d’Ultra Endurance dans plusieurs pays du globe : Autriche, Allemagne, USA , Slovaquie, Pologne, Lituanie. Ils se sont tous épuisés et donc pas de compétitions internationales pour 2018. J’espère qu’en 2019 nous allons pouvoir retrouver des championnats du monde ou d’Europe.

En 2012, tu as été sacré champion du monde de la discipline. Tu as récidivé l’année suivante. Que gardes-tu aujourd’hui de ces excellents résultats et de cette expérience ? Que de bons souvenirs, beaucoup de travail pour y arriver et que du bonheur après. Le plus beau titre est le deuxième, car j’y suis allé avec une amie (qui maintenant est mon Grand Amour) qui gagne le titre aussi chez les filles.  Nous avons partagé ce séjour aux USA et je n’en garde que de merveilleux souvenirs.

Sais-tu pourquoi ces championnats se déroulaient au Etats Unis à Portland ? A Portland, une des organisatrices faisait parti de la fédération de Marche Nordique aux USA. Elle était également membre du bureau international. Elle a voulu tout naturellement ajouter une épreuve de Marche Nordique au Marathon de Portland. En plus il y avait le semi Marathon et une coure fauteuil sur les deux types de distances. Au départ la Marche Nordique était sur le format du Marathon puis est passé en 2012 sur le format ½ Marathon et les instances internationales ont validé la course pour un championnat du monde.

Olivier CapelliAujourd’hui tu pratiques encore la marche nordique en compétition ou juste pour le plaisir ? Aujourd’hui je pratique toujours la Marche Nordique, plus pour le plaisir, beaucoup moins intensément, car le développement des produits m’intéressent beaucoup et de ce fait je profite à fond de ma famille.

Tu as travaillé au développement des chaussures de marque Newfeel. Il existe peu de marque sur le marché spécialisé dans la marche. Quel était ton rôle au sein de Newfeel ? Oui, je travaillais avec l’équipe de Newfeel qui n’a pas voulu renouveler leur partenariat technique avec moi. Pourquoi ? Nouvelle politique de la marque m’a-t-on dit. Il y a plus de 3 ans, le directeur France de la marque m’a contacté afin de savoir si je voulais bien les aider à développer des produits spécifiques à la Marche Nordique car ils ne connaissaient pas grand chose dans ce nouveau sport, mais ils voyaient bien qu’il y avait un très fort marché à prendre. Je me suis dit wouaahhhhh, trop top : pouvoir développer des produits spécifiques à mon sport, c’est un rêve ou quoi ?  Donc au départ ils m’ont demandé mes attentes en termes de chaussures ou de bâtons pour mon sport. Nous avons fait beaucoup de réunion de travail, beaucoup de tests sur des produits existants, des tests biomécaniques afin qu’ils comprennent mieux le déroulé du pied en Marche Nordique, des prises de vue en super ralentit afin de bien étudier le geste, la poussée, le swing, enfin beaucoup de réflexions et de tests afin de sortir un produit spécifique à la Marche Nordique. Et donc c’est ce qui à été fait en sortant l’an dernier les chaussures NW900 et les bâtons Propulse Walk 900.

Nordic 900Il existe de plus en plus de rendez-vous de Marche Nordique. Le sport évolue et est aujourd’hui très contrôlé durant les épreuves. Comment se déroulaient les premières courses et les championnats ? Est ce qu’il y avait déjà des juges ? des pénalités ? Le sport n’évolue pas, simplement en France ils se mettent au diapason. Sur toutes les épreuves internationales, le contrôle est très strict. Il pouvait se faire de différente façon pour contrôler qu’un athlète n’utilise pas la course pour aller plus vite. En 2011 pour l’épreuve en montagne, les juges nous suivaient en vélo, puis en courant toujours très proche de la tête de la course.  Aux USA des juges visibles étaient postés à des endroits stratégiques du parcours. Il y avait des juges qui se fondaient dans la foule mais qui nous observaient constamment. En Allemagne, l’épreuve était sur de grandes portions de lignes droites donc des juges étaient postés tous les 100 mètres et tu ne pouvais pas leur échapper. Sur tous ces types d’épreuves, les pénalités existaient sous forme de carton jaune et rouge comme au football. Si je me souviens bien en Allemagne nous avions droit à 2 pénalités et la troisième était éliminatoire.

Comment vois-tu l’avenir de ce sport dans les années à venir ? Plutôt bonnes si les Fédérations de tous les pays jouent le jeu. En France ils se sont impliqués depuis quelques années et bons nombres de compétitions ont vu le jour. A ce jour, les compétitions sont structurées et il n’y a plus de problèmes avec les «coureurs nordiques» que j’ai pu montrer très souvent du doigt. En étant un des précurseurs de ce sport, j’espère avant de mourir de le voir un jour au J.O., je pense que ce serait ma plus belle victoire.

Un dernier mot peut être ? Surtout merci à toi de me permettre de parler de mon sport, ma passion, de pouvoir partager tout ceci avec toi et nos amis marcheurs. Prenez tous du plaisir dans ce sport, quelque soit votre niveau, nous sommes tous des ambassadeurs de notre sport. Les mentalités changent mais il faut continuer à promouvoir notre magnifique discipline afin de la faire grandir et lui trouver sa place à côté de sports ultras médiatisés. A bientôt sur les chemins.

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