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Entretien avec Philippe Bonneau, Champion du Monde

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Championnats de France en salle à Liévin mars 2019

Les sportifs les plus titrés ne sont pas toujours les plus connus. Preuve en est avec Philippe Bonneau, marcheur français qui détient à ce jour, 16 titres de Champion de France et 7 titres de Champion du Monde, dont le dernier obtenu le 29 mars dernier. De quoi en rendre plus d’un jaloux. Mais le plus beau dans tout ça, c’est la passion qui anime Philippe Bonneau. Une passion qu’il nous fait partager grâce à l’entretien ci-dessous, pour notre plus grand plaisir.

Comment êtes vous venus à la marche ? J’ai commencé la marche athlétique en 2006 après avoir terminé ma carrière de triathlète qui a durée 20 ans. Je me suis aussitôt lancé dans la marche athlétique après avoir découvert cette discipline lors des interclubs avec mon club d’athlétisme de l’époque.

Qu’est ce qui vous motive ainsi à un âge où beaucoup ont raccroché la compétition ? Je n’aime pas beaucoup que l’on fasse référence à l’âge. Je pense tout simplement qu’il faut faire les choses tant que la santé le permet et tant que la passion nous guide. Malgré tout, il faut adapter ses efforts par rapport à ses objectifs, ses capacités du moment et ne pas vouloir continuer à faire les mêmes chronos que l’on pouvait réaliser il y a 10 ans, au risque de mettre sa santé en jeu et que cela devienne pathétique… Dans mon travail, je m’occupe au quotidien de personnes touchées par un handicap soit par maladie, soit par accident, alors il me semble qu’il serait irrespectueux vis à vis de ces personnes de vouloir s’arrêter simplement parce-que j’ai 54 ans.

La marche manque de médiatisation. Au dernier championnat de France à Épinal, j’ai regardé sur France 3 l’émission Tout le sport par curiosité,….Aucun mot, aucune image, alors qu’il s’agissait des championnats de France Elite ! Comment expliquez vous ce manque d’intérêt alors qu’il s’agit d’un sport difficile et je dirais même amateur, car il n’y a aucune fortune dans ce sport …les marcheurs ont un métier à côté. Effectivement la marche souffre d’un manque cruel de médiatisation, mais je m’intéresse à tous les sports et ma discipline n’est pas la seule dans ce cas. Le tir à la carabine, la lutte, la gymnastique, l’escalade, le hockey, le tir à l’arc et bien d’autres encore en souffrent également, c’est un vrai problème de société. Malheureusement l’activité sportive n’a pas la place qu’elle devrait avoir dans l’éducation et le quotidien des Français. De ce fait, aujourd’hui la médiatisation de certains sports ayant un but plus lucratif que d’autres, pousse à faire des choix qui ont pour finalité de laisser dans l’ombre des disciplines tout aussi nobles à pratiquer qu’à regarder. Pour ce qui est de l’amateurisme de la marche, effectivement sur un plan personnel je travaille 43 heures par semaine.

Comment gérez-vous votre vie professionnelle et sportive ? Comme je vous l’ai dit, je n’ai aucun aménagement horaire en ce qui concerne mon travail. Mon emploi principal me prend trente neuf heures par semaine. En plus, j’interviens en tant qu’auto entrepreneur dans une maison d’accueil spécialisée pour donner des cours de balnéothérapie à des personnes lourdement handicapées, soit un totale de quarante trois heures hebdomadaires. De ce fait, mes entraînements peuvent êtres placés tôt le matin avant le travail ou tard le soir.

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Championnats de France en salle à Liévin 2019

Pouvez vous nous présenter une semaine type sportive de Philippe Bonneau ? Dans un premier temps, tous les dimanches soir, je consulte mon agenda professionnel et personnel. De ce fait, je vois le temps qu’il me reste pour placer mes entraînements hebdomadaires. Etant mon propre entraîneur (je possède un diplôme d’éducateur sportif ainsi qu’un diplôme universitaire d’Optimisation de la Performance Sportive), j’organise de ce fait seul mes séances d’entraînements et leurs contenus. Mes semaines sont souvent rythmées par quatre séances de marche athlétique, une séance de natation et une séance soit de course à pied soit de vélo. Cela me laisse une journée de repos complet. Le contenu des séances d’entraînements (durée, intensité, etc.) est calculé en fonction de la compétition et de l’objectif à venir. Au total, onze à quinze heures d’entraînements sont consacrées par semaine à ma préparation physique.

Cela vous laisse t’il un peu de temps pour votre proche ? J’ai beaucoup de chance de ce côté-là ! Mes proches (femme, enfants, parents, frères, sœurs,) me soutiennent et me suivent à chacune de mes compétitions. Je m’organise pour partager le plus souvent possible des moments avec les miens. C’est important de vivre avec eux des instants autres que ceux consacrés à ma passion. Pour qu’un équilibre se fasse et que chacun puisse y trouver son compte, il est important de bien différencier les deux. Cela impose bien entendu des contraintes, oblige à faire des concessions et d’avoir une organisation millimétrée. Mais ma vie à toujours était organisée de cette façon et le résultat en vaut la peine.

Où vous entraînez vous ? Avez-vous des endroits plus propices que d’autres pour marcher ? Effectivement, je choisi mon lieu d’entraînement en fonction du contenu de la séance à réaliser. Pour mes sorties longues et d’endurance, je privilégie les voies vertes près de mon domicile. Ces chemins sont macadamisés et interdit aux voitures, de ce fait je peux m’entraîner en toute tranquillité et sécurité. Pour les séances plus spécifiques, je vais au stade car il est plus pratique de travailler les différentes filières énergétiques sur cette surface.

On parle souvent des problèmes de circulation pour les cyclistes, rarement pour les marcheurs….. Il est pourtant souvent difficile de marcher sur des routes et des trottoirs irréguliers, déformés, … surtout quand on veut pratiquer la marche rapide ou athlétique. La place du piéton est parfois compliquée, Est ce qu’en tant que marcheur sportif, vous souffrez également de ces problèmes de circulation  ?Tout d’abord il m’est impossible de m’entraîner sur les trottoirs car lors de certaines de mes séances spécifiques je peux atteindre des vitesses de 13 à 14 km/h. De ce fait, je serai sans cesse gêné par les piétons, vélo, ou tout autre utilisateur de ce lieu. Concernant les routes, il est beaucoup trop dangereux de nos jours d’y aller pour s’y entraîner en marche. Je rencontre suffisamment de problèmes liés à la sécurité quand j’effectue ma sortie vélo hebdomadaire sans en rajouter lors de mes entraînements de marche. Comme expliqué plus haut, je préfère utiliser les voies vertes le long de la Moselle pour la sécurité, le calme, le contact avec la nature, tout y est pour réaliser des séances dans de bonnes conditions.

Quels sont vos prochains rendez-vous ? Objectifs pour l’année 2019 ? En mai je vais participer aux deux tours des interclubs sur 5000 mètres à Paris (compétitions très importantes pour mon club car il lui assure le maintien ou la montée de division). Ensuite il va falloir que je participe à un 20 km pour me qualifier aux championnats de France Elite qui auront lieu fin juillet à St Etienne (la date et le lieu de ce 20 km ne sont pas encore définis). En septembre je partirai à Venise pour participer aux championnats d’Europe masters sur 10 km et 20 km. L’objectif lors de ces championnats sera de remporter deux titres de champion d’Europe supplémentaires afin de monter mon compteur à sept titres Européens. Entre ces objectifs importants, je vais participer à quelques compétitions dites de préparations.

Et au delà de l’année 2019 ? Pour 2020, j’ai pour objectif de participer aux championnats du monde qui auront lieu à Toronto au CANADA, mais cela dépendra de mon budget. Si ce déplacement n’est pas envisageable, je prévois de tenter de battre tous les records de France actuels du 5000 mètres au 50 km dans la catégorie M55.

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Championnats du monde à TORUN (Pologne), mars 2019

Pouvez vous nous dire comment vous gérez vos déplacements, êtes vous aidé par la fédération sur un championnat du monde ou autre ? Je suis très heureux que cette question me soit posée car la partie organisationnelle et financière d’un athlète est très souvent mal connue du grand public. J’organise seul tous mes déplacements (inscription, voyage, hôtel, etc.). Je n’ai aucune aide financière ni matérielle de la fédération. Pour tous les championnats internationaux (Europe et monde), pour mes déplacements aux compétitions de préparation ainsi que pour mon matériel, je me débrouille comme je peux… La recherche de partenaires financiers (sponsors) fait partie de l’organisation et de la vie d’un athlète de compétition surtout en master. Cette réalité est chronophage et me prend beaucoup de temps et d’énergie. A ce jour j’ai deux sponsors, M BRAMAS propriétaire du Leclerc de Maizières les Metz et M FUSS une entreprise de peinture. Même si ces deux partenaires ne suffisent pas à boucler budgétairement ma saison sportive, ils me permettent aujourd’hui de continuer l’aventure. En effet, sans cette aide précieuse, je serai contraint d’arrêter. L’année dernière j’ai dû rajouter environ 1000 euros de ma poche pour boucler mon budget. Sans compter qu’à chaque fois que je me déplace pour participer à un championnat, je le fais sur mes propres congés. Mon club (athlétic clubs 92) me prend en charge les championnats de France masters et les championnats de France Elite, il m’octroie également une aide financière. Je profite de cette interview pour donner l’adresse de mon site internet, si toutefois un potentiel partenaire voulait m’aider, il pourrait me contacter via celui-ci : philippebonneau-athletisme.fr ou même par téléphone au 06.80.22.10.93.

Je vous remercie pour cet entretien, un dernier mot peut-être ? Je ne peux pas terminer cette interview sans parler des personnes qui m’aident et m’accompagnent au quotidien. Je pense tout d’abord à ma femme qui me laisse carte blanche pour vivre ma passion, ainsi que mes enfants qui me suivent et me supportent, ma fille qui s’occupe très souvent de l’intendance (prise de chronomètre à l’entraînement et en compétition, l’alimentation, la communication…). Mon préparateur mental Didier Chenet OTHO-MEMO avec qui j’échange régulièrement. Mes sponsors, Leclerc de Maizières les Metz et FUSS peinture sans qui, rien ne serait possible. Mes parents, ma famille et tous mes amis qui m’encouragent et me supportent depuis tant d’années. Malgré les difficultés organisationnelles, j’ai conscience de vivre une belle aventure grâce à ma passion que je partage au travers de mes résultats, mes échanges, mes voyages… La marche, qu’elle soit nordique, de loisirs, de randonnée, athlétique, etc. est une activité accessible à beaucoup et qui a des vertus bénéfiques pour la santé physique et psychologique. Elle permet de découvrir des endroits inaccessible avec tout autre moyen de locomotion, d’être au contact de la nature, d’échanger avec les autres, de diminuer le stress du quotidien… Je vous remercie beaucoup de m’avoir donné la possibilité de m’exprimer ainsi. Si au travers de mes réponses j’ai pu donner envie aux gens de pratiquer une activité sportive et en l’occurrence la marche, alors j’en serai très heureux. J’aimerais finir cette interview en vous citant une phrase d’Albert CAMUS qui traduit sans doute pourquoi je pratique la marche aujourd’hui : « Ce que je sais de plus certain sur la morale et les obligations des hommes, c’est au stade que je l’ai appris, c’est le sport qui me l’a enseigné« .

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Championnats du monde à TORUN (Pologne), mars 2019

 

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