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Elisabeth Valette : Portrait d’une passionnée de sport

Pour Elisabeth Valette, le sport est plus qu’une passion, c’est une véritable culture. Culture du sport et culture du bien- être qui l’ont amené à pratiquer de nombreuses disciplines et à se former à la marche nordique et à la méthode Pilates pour rechercher la perfection.

Championne de France Master de Marche Nordique en 2019, enseignante en activités physiques adaptées, Elisabeth Valette nous livre aujourd’hui un bel entretien dans lequel elle revient sur son parcours sportif, sa profession, mais aussi la méthode Pilates, pour nous faire découvrir cette discipline qui ne manque pas d’intérêts.

Peux-tu te présenter brièvement et nous dire comment tu es venue à la marche nordique ? J’ai commencé toute petite par la danse, puis la gymnastique, judo, basket, aviron. J’avais de bons résultats en course à pied mais je détestais cette discipline, donc je ne me présentais pas aux courses (rire)… A 20 ans, je me suis mise à pratiquer le vélo sur route et la natation en loisir. Quelques années plus tard, je me suis tournée en parallèle vers la musculation que j’ai pratiquée assidûment pendant 3 ans. Lorsque je suis devenue maman, je n’avais plus le temps de pratiquer du cyclisme. Je me suis tournée vers la course à pied. Petit à petit, je me suis prise au jeu, et j’ai commencé par faire quelques courses. Mon objectif était de faire un marathon, distance qui était pour moi inimaginable quelques années auparavant. En 2014, je commençais à avoir un bon niveau en course à pied. Je m’entraînais au sein de mon club actuel l’ACVS. Je continuais le vélo, la natation pour parfaire mon entrainement. J’ai voulu faire le semi-marathon du Marathon du Beaujolais. Je me suis blessée sur la course, mais j’ai tenu à le finir avec 1 place honorable malgré ma blessure. Ce n’était qu’un ménisque, mais mal opéré, qui m’a valu 3 opérations en un an. Les cartilages de mon genou étaient très abîmés. Mon coach, Renaud Jaillardon m’a proposé, en 2016, de faire de la marche nordique, discipline qui m’a tout de suite séduite : Un sport très physique, et surtout, en communion avec la nature. A côté, j’ai participé à quelques défis en natation et vélo… L’esprit de compétition. J’ai passé le brevet fédéral de marche nordique pour pouvoir encadrer au sein de la FFA. J’ai fait la connaissance de Didier Omaly pendant ma formation qui m’a parlé de la compétition en marche nordique. Il m’a embarquée avec une autre personne du club ACVS, Micheline Gousset, à Lunel en décembre 2017, pour participer à ma première compétition officielle de marche nordique. J’y ai trouvé un véritable esprit sportif et convivial. Malgré mon genou, j’ai pu poursuivre la compétition et obtenir un titre inespéré en 2019.

Enseignante en activités physiques adaptées, tu défends la méthode Pilâtes. Peux-tu nous la présenter ? La méthode Pilâtes porte le nom de son inventeur, Joseph Pilâtes, né en Allemagne en 1880, personne soucieuse de sa santé. C’est lors de sa captivité lors de la guerre de 14/18 qu’il va développer les bases de la méthode PILATES qu’il enseigne aux autres prisonniers. Durant la pandémie de grippe meurtrière qui s’abat sur le monde en 1918, Joseph Pilâtes et ses adeptes survivent sans être affectés alors que les autres prisonniers et populations mal nourris succombent à la maladie. Le Pilâtes est une méthode dite douce (placement précis, mouvements lents, respiration profonde) de renforcement musculaire des muscles profonds (périnée, transverse et muscles profonds du dos). Elle contribue à l’amélioration de la force musculaire, de la souplesse, de la coordination, du développement harmonieux des muscles posturaux et de l’ensemble du corps, des mouvements contrôlés et précis, mais aussi la concentration et la relaxation. La notion essentielle développée par ce travail est celle de « centre », formé des muscles profonds posturaux et du rachis, du plancher pelvien et du diaphragme thoracique. Son renforcement permet la stabilisation du bassin et des vertèbres lombaires. Le renforcement des muscles profonds du corps (Transverse, périnée et muscles profonds du dos) assure la stabilisation de ses articulations. Ce maintien profond permet l’engagement des muscles superficiels en toute sécurité et un mouvement plus contrôlé. Et par conséquent de diminuer ou d’éviter les douleurs, et se protéger contre les blessures. À travers la réalisation des exercices, on active certains muscles habituellement peu sollicités et on apprend à en relâcher d’autres, trop tendus. On reconstruit ainsi un équilibre, tout en prenant conscience de son corps et de son fonctionnement. L’objectif du Pilâtes est de ramener le corps dans un alignement idéal en corrigeant la posture. Ainsi, dans la vie de tous les jours, nous adoptons une posture respectueuse de notre corps : épaules abaissées, ouverture de la cage thoracique, allongement de la colonne vertébrale….. Le Pilâtes se pratique juste avec un tapis, debout, assis ou allongé. On peut ajouter du matériel (foam roller, swiss ball, élastique ou ring) pour augmenter la difficulté mais aussi pour la diminuer. Adjoindre du matériel rend les séances plus ludiques et plus variées.

Comment as-tu découvert la méthode Pilates et qu’est-ce qui t’as donné envie de la pratiquer ? J’ai eu la chance de donner naissance à deux enfants. Après l’accouchement, il est proposé aux femmes ayant accouché des séances de rééducation périnéale. Elles sont dispensées par un kiné, mais j’avoue que je n’ai absolument rien compris à ce muscle. Avec la pratique sportive intensive mon périnée a été encore plus mis à mal. J’ai entendu parler de la méthode de Gasquet qui est une méthode de renforcement des muscles profonds. J’ai acheté son livre, des DVD et j’ai pratiqué moi-même. J’ai pris conscience de mon périnée, ce muscle profond que personne ne nous parle et qui a pourtant un rôle important, celui de maintenir nos viscères entre autres. Alors que je donnais des cours de renforcement musculaire auprès de personnes atteintes de pathologies cardiaques en 2017 en région lyonnaise, on m’a demandé si je pouvais leur donner des cours de PILATES. Je me suis donc inscrite dans un centre de formation et j’ai découvert cette méthode qui a pris tout son sens. J’ai passé la certification Pilâtes niveau 1, la formation Pilâtes femme enceinte et sénior, post thérapie (pathologies lombaires, des hanches et des épaules), puis la formation niveau 2 et Pilâtes petit matériel. J’ai pris conscience de mon corps, de la concentration et je l’ai intégré dans mes programmes d’entrainement sportif.

Qu’est-ce qui différencie Pilâtes et gainage ? Lors du renforcement musculaire, on va recruter les muscles superficiels (fessiers, ischios….) en gainage, sans solliciter les muscles profonds. En Pilâtes, les exercices de gainage visent essentiellement les muscles du plancher pelvien pour renforcer la sangle abdominale, mais aussi ceux du dos et du bassin, qui, ensemble sont responsables de la stabilité du tronc en général. Cette partie du corps assure en effet le maintien du dos, la bonne posture et la transmission des efforts entre les membres inférieurs et supérieurs. Ainsi, la coordination des efforts entre les parties inférieures et supérieures, dépend de la partie centrale du corps. Le gainage agit en douceur sur la tonicité et la fermeté du tronc, offrant un maintien solide du corps, ainsi qu’un meilleur équilibre.

Que t’apporte la méthode Pilâtes en complément de la marche, et qu’est-ce que cela peut apporter à un compétiteur, tant en marche athlétique que nordique ? La marche nordique demande de la concentration tout comme le Pilâtes. Nous sommes bipèdes et on devient quadrupèdes. Cela demande de reconstruire un schéma moteur. Avoir conscience de son corps dans l’espace n’est pas inné si on n’apprend pas à ressentir son corps. J’ai beaucoup travaillé en me filmant pour voir si ma gestuelle était bonne. J’ai apporté des corrections. Le Pilâtes permet de prendre conscience de la position de son corps dans l’espace. De plus, de par nos activités sédentaires, notre posture est modifiée et nous prenons de mauvaises postures qu’il est parfois difficile de modifier si l’on ne nous fait pas prendre conscience. Cette mauvaise posture peut également nous apporter des douleurs et des blessures par le phénomène de compensation. En marche nordique, il est important d’avoir un dos droit, une ouverture de la cage thoracique et engager ses abdominaux. Et bien le Pilâtes est similaire en ce sens : abaissement des épaules, allongement de la colonne vertébrale et engagement des abdominaux pour être plus efficient, et renforcement global en douceur sans traumatisme. Effectivement la marche nordique en compétition ou athlétique, comme tout sport de compétition, est exigeante. On ne peut plus parler de « sport santé ». Les séances de forte intensité, les mouvements répétitifs peuvent entraîner des douleurs et des compensations, et donc des risques de blessures, mais aussi léser le périnée si l’on ne le muscle pas. Le Pilâtes permet de garder une bonne posture et d’avoir conscience de son corps dans l’espace afin d’être plus efficient. D’autre part dans la vie de tous les jours et lors d’activité sportive, nous recrutons beaucoup plus de muscles que nous avons besoin, d’où une dépense énergétique plus importante et donc une fatigue induite. Avec la méthode Pilâtes, nous apprenons à n’utiliser que les muscles nécessaires au mouvement. On va donc apprendre à relâcher des muscles qui sont habituellement sur sollicités et à activer d’autres peu sollicités. On reconstruit donc un corps plus équilibré. La méthode Pilâtes a pour objectif la réalisation de mouvements efficients et fonctionnels en minimisant l’activité des muscles inutiles pour l’action souhaitée, contribuant ainsi à l’amélioration de la performance. (Brent D. Anderson 2000). De plus, son travail basé sur l’allongement des membres, est responsable d’un recrutement en premier des muscles lents dits posturaux (stabilisant les membres, protégeant ainsi les articulations), puis des muscles rapides dits superficiels (permettant le mouvement). Cette énergie de recrutement engendre donc une optimisation de l’effort, et une protection des articulations. (extrait de la formation LEADERFIT). Par ailleurs, dans la pratique du Pilâtes, l’omoplate sert de point d’ancrage aux muscles du bras lors du mouvement de ce dernier. C’est pour cela qu’elle doit être fixe. Ainsi elle évite une fatigue rapide au niveau des muscles du cou et, sur le long terme, elle évite les usures du tendon du sus-épineux qui est beaucoup sollicité lors de la marche nordique et athlétique. (Blandine Calais Germain 2005, Gallagher et Krysanowska 2000, Pilâtes 1945, Jurvelin J et al. 1986).

Peux-tu nous présenter ta profession d’enseignante en activités physiques adaptées ? Mon métier qui diffère de coach sportif est d’enseigner l’activité physique au plus grand nombre. Je dois m’adapter aux capacités de mon public qui est assez hétérogène. Ainsi dans une séance de 10 personnes, il est possible que 5 personnes fassent un exercice d’une manière, 2 autres d’une autre, et les 3 autres d’une autre manière. C’est ce qui fait la richesse de mon métier. L’enseignant en activité physique adaptée ou enseignant APA est titulaire d’une licence ou master STAPS APA&S. Il intervient auprès des personnes dont les aptitudes physiques ou psychologiques ou conditions sociales réduisent leur niveau d’activité et participation sociale. Il s’agit notamment de personnes en situation de handicap, de personnes atteintes de pathologies chroniques, de personnes en difficultés d’insertion sociale et des personnes avançant en âge. L’enseignant APA propose des situations motrices d’enseignement qui utilisent des activités physiques sportives ou artistiques dans des conditions techniques, matérielles, réglementaires et motivationnelles adaptées à la situation et à la sécurité du pratiquant, dans un objectif de réadaptation, d’éducation, de prévention et/ou d’insertion sociale. L’enseignant APA travaille dans des centres de réadaptation, intervient en centre psychiatrique, auprès des personnes âgées en EHPAD, en établissement d’accueil ou d’accès au travail pour adultes en situation de handicap, auprès de jeunes ou d’adultes en difficulté d’insertion. (Référenciel métier enseignant APA).

Comment se passe actuellement ton activité d’enseignante ? Je travaille à 50 % en EHPAD en tant qu’agent hospitalier auprès de personnes en perte d’autonomie. Je les accompagne par de la gym douce, du maintien à la marche et à la mobilité musculaire et articulaire, mais aussi par des sorties de bowling, d’olympiades… Je travaille également à mon compte où j’enseigne le Pilâtes, la marche nordique et des cours de renforcement musculaire, auprès de personnes présentant des troubles métaboliques, des séniors, des pathologies chroniques, mais aussi des personnes qui veulent reprendre une activité physique pour leur bien-être.

Comment gères-tu la crise sanitaire ? Peux-tu travailler ? Le premier confinement a été assez lourd dans le sens où je me suis portée volontaire pour aider au sein de l’ehpad où je travaille. J’étais au sein de l’équipe lien social dans un service contact covid. Mon métier a pris tout son sens. J’ai accompagné les résidents d’une autre manière que par l’activité physique parfois, de manière à ce qu’ils subissent le moins possible le phénomène de glissement dû au confinement. Une formidable entraide s’est mise en place entre tous les membres du personnel pour apporter aux résidents le maximum de soutien. Psychologiquement, cela a été assez lourd. En parallèle, j’ai continué à donner mes cours en visio conférence auprès des adhérents des associations avec lesquelles je travaille. Je pense que je suis comme la majorité des gens, actuellement où les liens humains sont rares du fait de la distanciation et du confinement. J’ai mis en place d’autres cours de Pilâtes en visio conférence, mais cette méthode ne satisfait pas tout le monde, ce que je peux comprendre. Même si je poursuis mes cours en visio, le contact, le partage de ma passion physiquement me manquent. Le phénomène de groupe n’est pas là, et je ne peux apporter les corrections de la même manière qu’en présentiel. Mais, donner des cours à distance permet de poursuivre une activité physique somme toute importante pour notre santé et notre bien-être.

Comment vois-tu l’année 2021 ? Je vais rester humble face ce virus que l’on ne connait pas. Personne ne sait où l’on va et on en apprend tous les jours. Je pense qu’il faut apprendre à vivre avec, plutôt que contourner la situation.

Es-tu confiante sur la reprise des compétitions de marche nordique ? Actuellement, je préfère ne pas penser aux compétitions même si j’ai déjà des dates en tête. Personne n’est maître de la situation. Comme j’ai pu le voir en milieu hospitalier, les précautions sanitaires sont contraignantes et coûteuses. Il faut que les villes organisatrices aient suffisamment de bénévoles et de moyens pour mettre en place une manifestation. J’espère de tout cœur que l’on pourra organiser des compétitions de marche nordique en 2021 afin que la belle famille qu’est la marche nordique compétition puisse se retrouver.

As-tu des projets en cours ? J’ai toujours des projets (rires) c’est ce qui me fait avancer !!! Un projet avec une mutuelle sur l’activité physique adaptée mais je n’en dis pas plus…. J’ai reporté un projet de « swimwalk » en 2021 créé avec le coach sportif, Pascal Auger, où se mêlent deux disciplines très proches : la nage en eau libre et la marche nordique. Ce sera un stage d’initiation dans un cadre magnifique, où il y aura un soupçon de Pilâtes. Je continue à me former pour augmenter mes compétences et proposer un panel plus important d’activités pour répondre à une demande toujours croissantes surtout avec cette crise sanitaire. Un objectif qui me tient à cœur est d’accompagner les personnes atteintes d’un cancer. J’ai passé un DU activités physiques adaptées, nutrition et cancer, et les preuves scientifiques sur les bienfaits de l’activité physique sont nombreuses.

Merci beaucoup, un dernier mot ? Oui ou plusieurs (rire) Le Pilâtes est plus qu’une activité physique, c’est aussi un moyen thérapeutique non médicamenteux. On ne parle que trop peut du périnée, considéré comme un muscle tabou de notre anatomie. 1/3 de la population est concernée par des soucis de santé lié au périnée : incontinence chez les grandes sportives (60 %), 56 % des femmes qui ont accouché sont touchées par l’incontinence, et du côté masculin, le périnée est tout aussi important puisque la contraction permet une meilleure érection. Tous ces désagréments perturbent la vie des personnes touchées tant sur le plan psychologique, que physique, alors qu’en pratiquant régulièrement le Pilâtes, on diminuerait de manière significative ces soucis en prenant conscience de son périnée et en le musclant. Et si on éduquait nos enfants afin qu’ils en prennent conscience avant qu’il soit trop tard….

N’hésitez pas à en savoir plus sur la Méthode Pilates et sur Elisabeth Valette, en vous rendant sur son site et sur sa chaîne YouTube.

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