Blog, Interview, marche, randonnée

Entretien avec Sofiane Boubahlouli de retour de sa dernière expédition

unnamed (6)C’est en septembre 2017 que Sofiane Boubahlouli s’est lancé dans sa dernière grande expédition : 5 600 kilomètres à pied de Boulay à Alger. En juin, il se tenait à la frontière algérienne, du côté du désert saharien marocain, lorsqu’il m’a contacté pour présenter son aventure. C’est donc avec un grand intérêt que je vous propose de le retrouver aujourd’hui, pour revenir sur son aventure et découvrir un aventurier tout aussi passionnant qu’étonnant.

Expliquez-nous comment un ingénieur qui peut vivre avec tout le confort nécessaire, se décide à tout lâcher pour s’aventurer sur des marches de plusieurs milliers de kilomètres ? En janvier 2015, j’ai quitté une vie confortable d’ingénieur commercial, pour tenter une vie d’aventurier en Australie. Je suis partie sans plans particulier, en faisant confiance à la vie, avec pour mot d’ordre « découvrir le monde afin de se (re)découvrir ». La transition s’est faite progressivement entre le citadin sédentaire et l’aventurier. J‘ai tout d’abord parcouru l’Australie sur plus de 40000 km en 4×4, traversé l’Indonésie en moto, ainsi que le Japon et la Thaïlande en bus. J’y ai marché différents treks de plusieurs jours, dans différents environnements (désert, montagne, île déserte, forêt tropicale) et ce, toujours en autonomie. Puis de janvier 2017 à juillet 2017, j’ai traversé la Nouvelle Zélande à pied soit 3200 km, du Sud au Nord, en suivant le « TE ARAROA », cinquième plus long sentier du monde.

La marche a t-elle toujours occupée une place particulière dans votre vie ? Y compris lorsque vous étiez enfant ? Lorsque j’étais enfant, nous marchions en famille, la fameuse balade dominicale et dans ma vie d’adulte, j’ai marché quelques randonnées d’une demi journée. Rien ne me prédestinait à une carrière de marcheur longue distance. Par contre, la réussite d’un marathon en 2014 suite à un pari et sans aucun entraînement, m’a poussé vers la course à pied, notamment en pleine nature.

unnamed (4)Qu’est ce qui a déclenché en vous ce goût pour les longues expéditions ? J’ai effectué mon premier trek multi day (4 jours) sur une île déserte (Hinchinbrook Island) en Australie, avec un équipement peu adapté (tente 4 place, sac de 20 kg) mais surtout avec aucune expérience. La réussite de celui-ci a sonné le début d’une longue série de trek en Océanie et en Asie. Après 2 ans de voyage, il me fallait un nouveau challenge : J’ai rencontré un backpacker (voyageur en sac à dos) qui m’a parlé du Te Araroa : un mois plus tard, je commençais ce trek de 3200 km en Nouvelle Zélande.

Et comment expliquez-vous ce besoin de partir sur des distances aussi longues ? Progresser en milieu inconnu développe l’adaptabilité et relativise beaucoup de choses. Et c’est excitant d’apprendre tous les jours ! Voyager seul, affronter une nature sauvage et capricieuse, faire face à de nombreux accidents et terminer malgré tout, permet d’effectuer une profonde introspection. Ce qui a eu trois conséquences : j’ai pu faire le deuil de la mort de mon jeune frère de 12 ans, accepter la vie comme elle vient… et m’accepter moi-même. Je profite du moment présent, en vivant chaque instant comme si c’était le dernier.

Vous venez de finir votre dernière expédition de la Moselle à l’Algérie. Quelle était son but ? En avril 2017, lors de ma traversée de 3200 km de la Nouvelle-Zélande à pied, j’ai eu un flash : je me suis vu enlacer ma tante vivant en Algérie. Dix jours après cette vision, j’ai été hébergé par un Américain que j’ai rencontré lors de l’ascension d’un volcan, suite à une fracture de fatigue. Il m’a fait découvrir le film The Way qui se déroule sur les chemins de Compostelle. A la fin du film, l’acteur marche au Maroc : Ce fût une révélation. Le projet de rejoindre l’Algérie à pied, en empruntant les chemins de Compostelle et en passant par le Maroc, était né. En fait, c’est un double retour aux origines qui correspond à mon identité. Mon père est d’origine algérienne et ma mère française. Je marche vers l’Algérie, le pays de naissance de mon père que je vais découvrir pour la première fois, en traversant mon pays, la France, que je connais vaguement. On a tous des origines et des racines : les atteindre permet de se trouver.

unnamed (13)A travers cette dernière expérience, vous avez traversé plusieurs pays et donc côtoyé diverses nationalités. Où avez-vous été le mieux accueilli ? J’ai traversé la France, l’Espagne, le Portugal et le Maroc ; 4 pays différents sur 2 continents avec ses propres cultures, religions, architectures, langues et ses deux points commun : la bonté et l’hospitalité de ses habitants. J’ai toujours été bien accueilli, quelque soit la région et le pays traversé. Toutes les rencontres faites durant ce périple m’ont prouvé que l’être humain est bon et qu’il y a de la solidarité. A nous de le provoquer…

Y’a t-il des rencontres qui vous ont particulièrement marquées plus que d’autres ? Les rencontres improbables, à l’improviste : un millionnaire, un poète, un sculpteur, un présentateur TV, un écrivain, une dame en chaise roulante, des retraités, des jeunes hippies, un prêtre, des maires, des députés, un moine, des gendarmes,  des expatriés… Il y a également plusieurs amis qui m’ont rejoint sur le chemin ainsi qu’un journaliste pour faire quelques km avec moi.

Votre dernière expédition est passée sur les chemins de St Jacques de Compostelle. Que retenez-vous de ces chemins ? En Espagne, sur le Camino Francés fréquenté par plus de 300 000 personnes par an, j’ai rencontré des marcheurs venant du monde entier. Nous avions des buts, des origines et des convictions différents, mais nous avancions tous vers Saint-Jacques-de-Compostelle – et, si on tente une image, vers le bonheur. Ce lâcher-prise, cette fraternité, ce flux d’énergie et cette tolérance représentent pour moi la « magie » de ce chemin.

Quelle était votre moyenne journalière durant ce long périple ? J’ai marché sur une moyenne de 35 km par jour durant 4900 km. Au Maroc, j’ai augmenté le rythme avec une moyenne de 45 km journalier sur les derniers 900 km.

unnamed (12)Comment financez-vous ces longues aventures de plusieurs mois ? J’ai une vie très simple durant mes aventures pédestre : je dors en tente, donc mes seules dépense sont la nourriture, ce qui ne nécessite pas de  budget élevé. De temps en temps, je dors en auberge de jeunesse. De plus, j’ai des partenaires qui me soutiennent comme Super U, Lissac, Sport 2000, Herbalife, l’association des commerçants de Metz, le député Brahim Hammouche et le champion du monde de Muay Thai Charles François Karlito.

Vous m’aviez dit n’avoir pu passer la frontière algérienne. Comment tout cela s’est résolu ? La frontière entre l’Algérie et le Maroc est fermé depuis 1994. Dans mon projet « 5600 km à pied de Boulay à Alger à pied », je devais marcher jusqu’à la frontière marocaine pour voir l’Algérie, de manière symbolique, puis rejoindre Casablanca, afin de prendre l’avion pour Alger. Donc la partie sportive se termine à Merzouga, et la partie spirituelle se termine à Alger. Mon aventure s’est terminé dans le désert saharien marocain, sous une tempête de sable, après 5800 km de marche. Je ne suis pas allez en Algérie, car mon visa a été refusé. Mon aventure pédestre est fini car j’ai réussi à marcher jusqu’à Merzouga au Maroc, en m’offrant même le luxe de marcher 200 kilomètres supplémentaire. Par contre, c’est un retour aux origines inachevé car le but final est de découvrir mon pays d’origine l’Algérie et de rencontrer ma famille. Je suis de retour en France afin de postuler à un nouveau visa. Dès l’obtention de celui-ci, j’y retournerai en avion ; le meilleur est devant moi.

A cours terme, avez-vous déjà un nouveau projet ? Je prépare une exposition avec d’autres artistes intitulé « un pas vers nos origines » et je vais commencé à écrire un livre. Dans l’absolue, je voudrais créer un projet humanitaire en relation avec la marche longue distance.

Comment voyez vous votre avenir ? Allez vous un moment vous poser ? La vie est belle et surprenante : Je me vois fonder une famille, utiliser mes nouvelles compétences pour aider mon prochain, me poser tout en étant actif.

Que peut-on vous souhaiter ? De continuer à vivre mes rêves.

Merci, un dernier mot peut être ? Lancez-vous, quel que soit votre projet : Le plus important n’est pas d’atteindre l’objectif que vous vous êtes fixé, mais de vivre pleinement le chemin pour atteindre cet objectif. En partant de ce principe, l’échec ou la réussite de l’objectif n’est plus que secondaire, ce qui vous délivrera de toutes vos peurs.
Et faites vous confiance, on est tous capable de faire de grandes choses, il suffit juste de le vouloir : J’ai fait un marathon sans entraînement, j’ai terminé un des trek les plus durs au monde (TE ARAROA) sans entraînement, j’ai repris mes études à 25 ans pour occuper un poste d’ingénieur commercial.

unnamed (3)

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s